J 1 avant le 11 février : Ce que jaimerais quelle dise
Chers … (au choix)
J’ai lu attentivement ce que vous avez dit lors des milliers de débats participatifs. Et j’en ai tiré les leçons que je viens vous dire ici.
Ma première impression est mitigée : Oui, vous avez témoigné d’une formidable envie de parler et d’échanger. Non, cela n’a pas généré les pépites que j’espérais car je n’y ai trouvé que lieux communs, truismes et gadgets.
J’en tire ma première leçon. La démocratie participative, si elle est pertinente localement ou régionalement, n’est sûrement pas adaptée au niveau national car ce n’est pas le maire du village que vous élisez mais le président de la France. Je me suis trompée et je le reconnais : ce n’est pas la démocratie participative qu’il faut mettre en marche, mais la démocratie pédagogique. Votre curiosité et votre envie de dialogue est un encouragement pour cela.
Je me suis également trompée en voulant raviver le clivage gauche-droite, comme au bon vieux temps de la lutte des classes. Certes, il y a bien des visions, des sensibilités différentes pour gouverner la France, mais nous ne sommes plus au temps du prolétariat honteusement exploité par la haute bourgeoisie des 200 familles. Le grand défi à surmonter aujourd’hui, c’est la maîtrise de la complexité. Le malaise politique actuel et la crise de la démocratie viennent de là : nous, hommes et femmes politiques, nous ne savons pas gérer la complexité avec le peu de marges de manœuvre qu'il nous reste. Permettez-moi de vous citer ce qu’ont écrit des auteurs américains il y a une quinzaine d’années :
« Nous sommes dépassés par la complexité. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme est capable de créer des quantités d’informations plus grandes que ce qu’il peut absorber, de concevoir des relations d’interdépendance plus complexes que ce qu’il est capable de gérer, et d’accélérer le changement à un rythme que personne n’est capable de suivre. Notre niveau de complexité n’a certainement jamais encore été atteint dans le passé. Des organisations connaissent l’échec malgré des individus brillants, tout simplement parce qu’elles sont incapables de combiner ensemble leurs talents et leurs fonctions. Partout les systèmes sont en train de se détraquer. Le nouvel ordre mondial va vraisemblablement se terminer dans le désordre le plus complet. Nous n’arrivons pas à orienter les choses comme nous le voulons, que ce soit dans nos foyers, à notre travail ou dans la vie politique et, certainement pas à l’échelle mondiale. Il apparaît maintenant clairement qu’il y a des limites aux systèmes actuels. Les savants appellent ce genre de période le seuil du chaos, une époque de turbulence et de créativité à l’issue de laquelle un nouvel ordre pourrait prendre forme ».
Et ce n’est sûrement pas le combat frontal entre gauche et droite qui favorisera l’événement d’un nouvel ordre mondial juste. Cette vision manichéenne du bien et du mal, des bons et des méchants est nocive, nocive pour notre société, nocive pour notre pays. Non, il n’y a pas d’axe du mal.
Oui, il faut que vous sachiez ce qu’est la réalité du monde, que vous possédiez tous les éléments pour participer à des choix difficiles et lourds de conséquences pour notre vie et celle de nos enfants. Il ne s‘agit plus aujourd’hui de parler du mode de redistribution des richesses entre français mais entre la France et les autres pays de la planète qui viennent réclamer leur droit à un niveau de vie décent. Notre patrie c’est la terre, la Terre-Patrie, et nous sommes désormais citoyens du monde avant d’être citoyens franchouillards.
Oui, nous, les pays riches, nous avons abusé socialement, économiquement, écologiquement, au détriment de milliards d’habitants défavorisés de notre planète. Et le plus pauvre des français apparaît encore comme un privilégié pour les plus pauvres des pays pauvres. L’histoire de l’Internationale Socialiste nous apprend à être généreux et justes. Réjouissons-nous que la mondialisation crée des emplois en Chine, en Inde, en Tunisie… et partout ailleurs car tout pays a droit à prospérer et à atteindre notre niveau de vie. Ayons enfin la décence de ne pas exiger de ces pays qu’ils assurent en quelques années une justice et une protection sociale que nous avons mis des siècles à construire chez nous. Au lieu de stigmatiser égoïstement les délocalisations, inquiétons nous plutôt pour les peuples qui prennent du retard dans leur développement comme en Afrique.
Non, vos petits problèmes ne sont pas ma priorité, ni vos petites ambitions, ni vos petits bobos, ni vos exigences de nantis, Ma priorité pour la France ce n’est pas le droit pour chacun de posséder une téléphone portable et un home cinéma. Ma priorité ce sont les victimes de ce grand rééquilibrage mondial : travailleurs licenciés, SDF, sans-papiers, chômeurs en fin de droit, retraités sans ressources. Il faut pour cela arrêter l’énorme gaspillage de l’argent public et comprendre que le « toujours plus » attendu de l’État a une fin.
Ce que je viens de vous dire est sévère, difficile, mais c’est la réalité. Il faudra beaucoup de pédagogie pour expliquer, comprendre et dresser un état sincère et véritable du monde, de notre monde. Comment faire ?
Je propose que, pendant le prochain mandat présidentiel, la France soit dirigée par un triumvirat. Dès demain, je prendrai contact avec Nicolas Sarkozy et François Bayrou pour que nous élaborions ensemble une plate-forme qui vous sera soumise. Si vous nous faites confiance, nous mettrons en place une démocratie pédagogique, Nous réquisitionnerons les médias pour qu’ils jouent enfin le rôle qu’ils auraient dû assumer de leur plein gré. Nous définirons une nouvelle constitution qui ne favorise pas l’affrontement majoritaire, mais le compromis, et assure la représentation de toutes les tendances dans la direction de notre pays, Nous refonderons tous nos systèmes, et nous assurerons temporairement une co-gouvernance de la France. Nous ferons enfin, avec vous, un état des lieux du monde et de ses défis. Ainsi, en 2012, chaque parti aura tous les éléments pour faire des propositions originales, adaptées à sa sensibilité et à ses idées, mais dans un contexte et avec des règles du jeu qui n’auront rien à voir avec la situation actuelle. Et surtout, chaque citoyen sera apte à en juger en toute connaissance des causes et des conséquences. A ceux qui m’accuseraient de sacrifier cinq années, de me compromettre avec la droite et de faire reculer les intérêts du peuple de gauche, je réponds que depuis plus de vingt ans, d’alternance en alternance, de cohabitation en cohabitation, nous avons fait bien pire, nous avons menti, trahi parfois, et sans aucune contre-partie pour le peuple de France.
Voilà ce que j’avais à vous dire en ce 11 février qui est la Journée Mondiale du malade, proclamée par le Pape Jean-Paul II. Notre monde, notre pays, est malade. Nous guérirons si nous agissons tous ensemble, fraternellement, pour un monde meilleur. Faisons mentir ceux qui ont dit « le XXI° siècle sera religieux ou ne sera pas ». Le XXI° siècle sera celui du renouveau.
Vive notre Terre-Patrie, vive la France.
PS. I had a dream. C’était un rêve, un beau rêve, cette nuit. Je crains qu’après le discours de la madone, le réveil ne soit brutal.